Parcours

Sylvain DUFFARD / PARCOURS 

Depuis 2006, date de mon installation en tant que photographe indépendant, c’est mon attrait initial pour le paysage, rapidement prolongé par l’émergence de questionnements relatifs à ses modes de fabrication, qui est venu sous-tendre tout à la fois ma pratique et mon parcours professionnels.

En 2008, après avoir répondu l’année précédente à une commande de reportages pour la Direction des Affaires Culturelle de l’Ambassade française au Maroc, j’obtiens avec le soutien de cette dernière une résidence qui me conduit successivement à séjourner au sein des Instituts français de Tanger, d’Agadir et de Fès.

Dans « Paysages marocains », série issue de ce temps de résidence, je porte mon regard sur les périphéries urbaines de ces trois villes, là où la ville contemporaine se « fabrique ». A la recherche de la « juste distance », question éminemment photographique, singulièrement lorsqu’il s’agit de s’attacher à l’espace commun, au territoire, c’est autour de la place que l’individu – en tant qu’agent social – occupe dans le paysage des marges urbaines que j’ai structuré ma série.
Une sélection de photographies tirée de cet ensemble d’images a été présentée dans le cadre de l’exposition « Archi-balnéaire, l’horizon vertical », 30 photographies grand-format dans les jardins de la Villa Rothschild – Ville de Cannes, de juillet à septembre 2009 au côté de photographies de Gabriele Basilico, Bernard Plossu, Brigitte Bauer et Patricia Di Fiore.

Issu d’un parcours universitaire généraliste dans le domaine de l’aménagement du territoire et de l’environnement, j’ai ensuite rapidement pu faire l’expérience de la commande publique dans le cadre de missions photographiques consacrées à l’observation du paysage contemporain (commandes inscrites dans le sillage de missions photographiques historiques telle que celle que la DATAR engagea au début des années 1980). Cette expérience de la commande a pour moi constitué – et constitue depuis – tout à la fois une école et le lieu d’une expérimentation riche et personnelle de la photographie de paysage.

 

C’est ainsi qu’en 2009, j’obtiens une commande publique de l’Office National des Forêts (ONF) portant sur dix-sept forêts domaniales métropolitaines. Je m’engage alors durant prés de deux années dans une exploration photographique desdits territoires avec le projet de travailler sur le paysage forestier sous l’angle de son occupation et de sa fabrication par l’homme.

Porté par une ambition tout à la fois documentaire et plastique, je me suis attaché la manière dont travailleurs, résidents ou vacanciers prennent place dans et aux lisières du paysage forestier. Comme en contrechamps, j’ai porté mon attention sur les marques, superficielles ou profondes, témoignant de l’action de l’homme sur la nature ; celles aisément identifiables dans le paysage quotidien tels que barrières, pistes et cheminements, mais aussi celles, souvent plus ténues, lisibles dans la structure même des boisements.

« La forêt habitée » (2009-2010), série photographique qui a résulté de ce projet, sera présentée du 28 mai au 2 novembre 2011 dans le cadre d’une exposition collective organisée par la Ville de Paris dans le cadre de « 2011, année internationale des Forêts » au Trianon du Parc de Bagatelle.
Ce travail fera en outre l’objet d’une présentation à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), à l’invitation de Françoise Dubost et Martin de la Soudière, tous deux ethnologues, en juin de la même année. Cette rencontre sera pour moi le lieu d’une prise de conscience joyeuse du lien étroit pouvant exister entre photographie documentaire et sciences sociales, affinité lisible jusque dans les approches, outils et méthodes communément mobilisées par l’ethnologue, l’anthropologue ou le photographe.

 

« Observatoires photographiques du paysage » (OPP), 2011-2016
Résolument engagé dans une approche photographique tournée vers le paysage quotidien, davantage que vers le « grand paysage », le « beau paysage », c’est tout naturellement que je me suis intéressé aux Observatoires photographiques du paysage dont le point focal n’est pas ce qui est exceptionnel, spectaculaire ou anecdotique dans le paysage mais au contraire les portions d’espace les plus communément vues et connues par la population.

En 2011, j’ai ainsi entamé la première campagne de l’OPP des Alpilles commanditée par le Parc Naturel Régional des Alpilles (2011-2013) avant de poursuivre l’expérience en Haute-Savoie, cette fois à une échelle départementale, dans le cadre d’une commande du Conseil d’Architecture, de l’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) du département (2012-2016). Très récemment, c’est à l’échelle d’un territoire ultra-marin, celui de l’Archipel Guadeloupe, que je me suis engagée dans une mission photographique similaire initiée par la Direction de l’Equipement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL) de Guadeloupe (2016-2018).

Au-delà de l’observation de ce paysage, envisagé comme la résultante de pratiques individuelles et de choix collectifs, c’est à celle de ses dynamiques que s’attache un observatoire en mobilisant des séries chronophotographiques.

En tant que photographe, l’intérêt que je porte au paysage quotidien, habité, voire ordinaire, celui vu depuis le bord de la route ou du chemin est tout à la fois documentaire et plastique.

 

Le travail photographique que je conduis depuis 2010 aux côtés de l’artiste plasticien Stefan Shankland s’inscrit dans une double-ambition : celle de documenter l’œuvre d’un artiste dont le champs d’intervention privilégié est celui du paysage urbain et celle de développer en parallèle un travail plastique autonome qui trouve son inscription dans ces mêmes paysages urbains investis par le plasticien et ses équipes.

La série photographique « Paysage du chantier » (2010-2011) donne ainsi à voir l’émergence de l’Atelier-TRANS305, architecture expérimentale implantée durant une année à Ivry/Seine (Val-de-Marne) dans le paysage du chantier de construction de l’Annexe du Ministère des Finances (projet produit avec le soutien de la Ville d’Ivry-sur-Seine et de Grand Paris Aménagement ex. AFTRP, aménageur de la ZAC 305).

Cette collaboration se poursuit depuis dans le cadre d’autres projets initiés par Stefan Shankland tels que Le Monde change l’art… ou Marbre d’ici (Lauréat du prix COAL art & environnement 2011). Certaines des œuvres photographiques nées de cette collaboration ont été présentées dans le cadre d’expositions collectives tel que ENSEMBLE (galerie Defacto, Paris-La Défense, avril-juin 2014) ou ont fait l’objet d’acquisition (« Marbre d’ici », Domaine départemental de Chamarande, 2015).

 

Souhaitant développer mon travail photographique dans une direction plus personnelle, j’ai souhaité initier fin 2015 un projet qui s’inscrive à une échelle territoriale plus intime, celle du territoire francilien où je réside depuis près de dix ans, et dans un registre plus libre car hors de toute commande.

Cherchant la manière de questionner les tensions paysagères et la place que l’homme occupe dans le paysage périurbain de la métropole francilienne, entre « naturalité » (socle) et espaces « de l’efficacité » dédiés à la consommation, au transport et au logement (structures et flux), c’est sur des « chemins d’eau » que j’ai décidé de porter mon regard. M’attachant à des espaces périphériques situés à 15-20 km du périphérique, là où se jouent d’énormes enjeux d’étalement urbain avec des pressions foncières très importantes, j’ai en effet été frappé par des images de petits cours d’eau frayant obstinément leur passage entre zones commerciales et espaces pavillonnaires. De la confrontation symbolique entre permanence du flot de la rivière et brutalité des productions humaines née pour moi une véritable poétique que je m’attache à révéler dans « Un sinueux chemin » (série en cours).