Partisans de droite

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Partisans de droite est une expérience de collaboration entre une chercheuse venant d’achever un ouvrage de sociologie politique sur la droite partisane[1] et un photographe s’intéressant aux paysages et aux lieux habités.

Nous nous sommes engagés dans ce projet à partir de ce que nous pensons être des pratiques communes : une attention au réel tel qu’il s’expose « objectivement » voire frontalement, le respect d’une distance au sujet et aux jugements qu’il pourrait susciter, un refus des effets et un souci de se décaler par rapport au temps court de l’actualité.

Les partisans de droite sont saisis dans les lieux qui les rendent visibles et qui leur sont familiers : le meeting, la permanence de campagne.

Le travail photographique est intervenu près de dix ans après le terrain de recherche, dans le Gard. La plongée y a été beaucoup plus courte, elle n’a duré que le temps d’un évènement politique local, le meeting de campagne d’un candidat aux législatives[2]. Mais ce premier jet photographique fournit déjà son lot d’interrogations et permet d’engager le dialogue sur la complémentarité de nos pratiques.

Dans quelle mesure un regard sensible et libéré de la commande, vient-il ratifier, déplacer voire déstabiliser les acquis d’une démarche de recherche approfondie et reposant sur l’argumentation ?

La photographie procède du choix attentif des lumières et des teintes ainsi que du cadrage. Fruit d’une transformation du réel par l’action du photographe qui prend place in situ, que dit-elle ici à la sociologie politique.

Elle confirme le fait que la droite joue sur la gamme chromatique des bleus. Ces codes contribuent à dessiner une communauté partisane ; ils sont d’ailleurs repérables jusque dans les costumes des militant-e-s. On y lit leur identification à un camp et leur opposition à d’autres, celui des « rouges » principalement. Cela fait d’eux des partisans, des militants en uniformes, des supporters ou des groupies affichant leurs convictions comme des goûts distinctifs.

Le cadrage s’opère sur les militants et sur les lieux qu’ils investissent. Pourtant ce cadre est subtilement déstabilisé par « l’arlésienne » qu’incarne le candidat. L’image ou le nom du candidat apparaissent toujours, par un détail ou à la marge. Ils rappellent que le militant se définit en creux par la relation d’allégeance, de délégation et de service qui fonde son engagement.

Les partisans de droite sont peu connus, ils pourraient presque paraître exotiques ; ceux de gauche sont plus familiers du seul fait d’ailleurs qu’on les voit plus souvent dans l’espace public. La photographie peut contribuer à déstabiliser notre regard non pas en montrant le sensationnel, l’exceptionnel, l’événementiel mais en banalisant la densité de la réalité sociale.

C’est ce que nous disent une permanence de campagne qui pourrait être une salle d’attente de médecin, un buffet qui fait penser à un pot de départ à la retraite d’un collègue, des drapeaux qui ne se déploient pas ou des militants qui ne se lèvent pas.

Sylvain Duffard et Florence Haegel, Paris, novembre 2012

[1] Florence Haegel, Les droites en fusion. Transformations de l’UMP, Paris, Presses de SciencesPo, 2012.

[2] Sylvain Duffard a suivi durant deux jours l’équipe de campagne de Franck Proust, candidat UMP de la 6ème circonscription du Gard lors des dernières élections législatives à Nîmes les 1er et 2 juin 2012.